Un autre regard

PHOTOGRAPHIER C’EST «DESSINER AVEC LA LUMIERE»

A l’âge de 16 ans, Dominique souhaitait être photographe mais la vie en a décidé autrement et ce n’est que bien plus tard, à l’âge de 25 ans, qu’il a pu réaliser ce rêve en apprenant l’histoire de la photographie et en faisant l’apprentissage de celle-ci pour finir par sa  mise en pratique.

Ainsi, 10 ans plus tard, il a pu construire sa carrière professionnelle. Avec le temps, de l’acharnement et beaucoup d’ambition, il a signé de grandes expositions comme « Regards sur Seine » présentée au Centre Beaubourg à Paris et réalisé l’édition d’un ouvrage sur les impressionnistes « Entre Ciel et Mer », volume intemporel et toujours d’actualité. Dominique, à travers sa passion, offre de nombreux projets qu’il est impossible de tous citer et puis c’est aussi par modestie et par pudeur qu’il laisse le soin à ses amis de parler de lui et de ses images.

Dominique, homme de terrain, aime le contact humain et est engagé depuis plus de trente ans dans le milieu associatif comme bénévole. Il a comme devise : Le chemin est long et la plus belle des richesses et de la réussite est d’être à l’écoute des autres.

Dominique explique aussi que, pour créer sa propre identité photographique et devenir artiste, il faut savoir regarder autour de soi mais pas simplement avec les yeux. Il dit souvent « il faut rester simple, soi-même, être discret et comme les bâtisseurs de Cathédrales construire sa photothèque ». Les images de Dominique relatent son parcours photographique avec une grande humanité d’où l’intérêt de s’y arrêter un instant.

 

Photos : (C) laurent COURSAULT.



Des vieux compères, le vent, la mer, le soleil.

Du haut des falaises normandes de craie blanche, en ces premiers jours de printemps, je suis interrogatif. Seul, face à la mer et cela comme de nombreuses fois, je m’oxygène d’air marin, cela m’apaise et me vide la tête de mes anxiétés.

Une fois de plus j’admire ce spectacle extraordinaire que m’offre la nature,  un brillant coucher de soleil. Le soleil est dissimulé derrière des nuages presque transparents, le soleil glisse doucement sur l’horizon, ses rayons sont faibles mais viennent luire sur les falaises de craie qui ne sont plus blanches mais jaunes.

J’aime le soleil. Avec délicatesse mais avec force, le soleil transperce les nuages au modèle d’un peintre avec sa palette, il mélange les couleurs en demi-teintes et me propose ses dégradés d’oranger et de jaune. Depuis de nombreuses années, je saisis ses colorations qui ont donné naissance à un très beau livre « Entre ciel et Mer ».

 

 

Face à la mer mes yeux scrutent l’horizon. De là, s’étend sur l’eau une large bande de lumière argentée que caressent les rayons du soleil, les oiseaux de mer passent pour la millième fois en rasant les flots. Des vieux compères, le vent, la mer, le soleil. Grâce à une légère brise du vent, ses compères la mer et le soleil construisent en grandeur nature un tableau captivant, à l’intérieur duquel la mer y est  nerveuse et agitée. Les compères créent sous mes yeux un spectacle, une chorégraphie bien réglée comme un peintre qui brosse sa toile de long en large. Le vent, le soleil et la mer, ensemble, dessinent des milliers de frisures argentées sur l’eau. Les reflets du soleil, au rythme et au mouvement des vaguelettes, scintillent de mille éclats. Pour finir cette œuvre, le soleil se promène d’un bord à l’autre du tableau et la mer, brossée d’un vernis brillant, renvoie ses reflets vers les nuages.

Une heure après mon arrivée sur ces falaises, le soleil a des couleurs oranger jaune, il glisse doucement en bas du tableau. RÊ, le Dieu du soleil comme l’appelaient les Egyptiens dans l’Antiquité, devient de moins en moins dominant et en quelques minutes, derrière l’horizon, la bande lumineuse change de couleur pour devenir or. A nouveau de passage et pressés de rentrer chez eux pour la nuit, les oiseaux de mer en rangs serrés, d’un battement d’ail rapide et cadencé et en signe d’au revoir, traversent pour une dernière fois la bande lumineuse.

En cette belle soirée de printemps, le soleil n’est plus l’acteur de ces falaises et de cette scène normande. Par contre, il subsiste encore une très belle clarté avant de m’emmener vers les couleurs bleutées de la nuit. La température baisse et  une fraîcheur s’installe. La boule de feu est en mission pour réchauffer l’autre partie de l’hémisphère. Mes pensées me quittent, je m’imagine une dernière fois et me dit… Dommage que mes jambes ne soient pas assez longues pour m’emmener voir en spectateur et en direct le lever du soleil « Au pays du soleil levant ». 

 

©DOMINIQUE HERVE